La société du spectacle de Guy Debord (Film)

Fiche de lecture : « La société du spectacle de Guy Debord » (1973) [le film]

N.B : film très philosophique et imagé… que j’ai eu beaucoup de mal à comprendre….

Quelques phrases tirées du film :

La société de consommation s’est accumulée comme une société du spectacle.

Le spectacle : Rapport social entre des personnes et non des images. Cœur de l’irréalisme du réel. Le spectacle constitue le modèle présent de la vie socialement dominante.

La séparation fait partie de la réalité du monde.

Le vrai est un moment du faux. Le spectacle est l’affirmation de l’apparence. Le spectacle se présente comme une énorme positivité indiscutable et inaccessible. Ce qui apparait est bon, ce qui est bon apparait. Reflet de la production des choses. Là où le monde réel se transforme en simple image, les simples images se transforment en choses réelles.

La spécialisation du pouvoir est la plus vieille représentation du spectacle.

Le travailleur ne se produit pas lui-même …

La théorie critique doit se communiquer par son propre langage. Il n’est pas une négation du style mais son style de la négation. Les idées s’améliorent, le plagiat s’implique et est nécessaire. Le détournement est le langage fluide de l’idéologie.

Quand l’art est devenu indépendant, avec des couleurs éclatantes, c’est là que …. est fini.

La pensée de l’organisation sociale de l’apparence est elle-même obscurcie par la sous-consommation généralisée qu’elle défend.

Le pouvoir gouvernemental se transforme en pseudo vedette…

Chaque mensonge de la publicité est dénoncé par le recouvrement d’un ancien mensonge.

Staline a été dénoncé par ceux qui l’ont choisie …

2 classes selon Marx :

  • Bourgeoisie : venue au pouvoir car c’est la société de consommation

  • Prolétarienne : classe de la conscience

Ce que j’en retire… :

Le spectacle correspond à notre monde. Notre monde est rempli de consommation, et cette consommation nous montre un monde idéal qui n’est pas celui de la réalité. La société nous montre que de belles choses afin soit idéalisé notre monde ou de nous faire consommer….

Fiche de lecture -la société du spectacle-

Mythologies de Roland Barthes

« Fiche de lecture » sur le livre « Mythologies » de Roland Barthes

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L’ouvrage « Mythologies » de Roland Barthes est un recueil de 53 textes rédigés entre 1954 et 1956. « Mythologies » se présente en deux parties : une première qui est constituée d’une série d’analyse d’exemples de représentations de l’époque (plusieurs mythes) et une seconde, plus théorique, définissant le mythe et son fonctionnement. Pour Barthes, un objet parle. C’est un système de signes. Quant au mythe, fabriqué par les médias et la publicité, il naturalise. Il change un signe en vérité éternelle. Le mythe remplace l’explication. Il détruit le langage pour le remplacer par des formules. Barthes lui-même n’échappe pas au mythe : celui du pur esprit pourfendant le matérialisme. 61 ans après l’écriture de ce livre, la production de mythe fonctionne toujours…. Et si certaines des Mythologies dont parle Roland Barthes ne nous parlent plus guère, d’autres n’ont rien perdu de leur discours cinglant. Les sujets d’analyse (les mythes) de Roland Barthes sont très familiers, d’un savon par exemple auxquels on voit tous les jours de la publicité et que tout le monde utilise, au catch et à l’abbé Pierre dont parlaient les journaux à l’époque. C’est une sorte de recensement des principaux mythes qui tissent la vie quotidienne des années 50. Ces objets dont fait référence l’auteur faisait partie de son actualité. Il essaie de voir en quoi les grandes représentations collectives ont un pouvoir sur la société-le public. J’ai l’impression qu’il essaie de démasquer en quelque sorte le pouvoir et la société de consommation. Je ne vais pas présenter l’intégralité des résumés de chaque mythe mais plutôt réaliser des résumés sur les mythes qui m’ont le plus marqué et touché mais aussi qui selon moi font toujours échos aujourd’hui…

Mythe 1 : « Le monde où l’on catche », dans ce texte, l’auteur partage avec nous que le catch n’est pas un sport mais un spectacle ; contrairement à la boxe qui en est un. Le catch est donc est spectacle, avec des mises en scènes et des situations exagérées et sur-jouées. Ce qui est important, ce n’est pas ce que l’on croit mais ce que l’on voit-ce que voit le public. Le catch à l’époque remporte un franc succès et d’ailleurs je pense qu’à l’ère d’aujourd’hui, le catch fonctionne toujours aussi bien. Le catch est donc comme je l’ai dit ci-dessus, un spectacle mais di-sportif qui convient assez bien ce qu’à l’époque était très connu, la commedia dell’arte (c’est un genre de théâtre populaire italien où des acteurs masqués improvisent des comédies marquées par la naïveté, la ruse et l’ingéniosité). Ce qui correspond bien au rôle d’acteur des catcheurs, des scénarios improvisés et mis en scène avec des costumes et masques. Mais aussi ce qui est important de retenir dans ce mythe, c’est ce que le public qui crie « FAIT LE PAYER », dans le sens de vengeance et de justice. Le catch est un rôle d’acteur prononcé sur le thème de la justice.

Citation :

« La vertu du catch, c’est d’être un spectacle excessif. » précédé d’une citation de Baudelaire « … la vérité emphatique du geste dans les grandes circonstances de la vie. »

« Sur le ring et au fond même de leur ignominie volontaire, les catcheurs restent des dieux, parce qu’ils sont, pour quelques instants, la clef qui ouvre la Nature, le geste pur qui sépare le Bien du Mal et dévoile la figure d’une Justice enfin Intelligible. »

Avis personnel : Ce mythe m’a touché du fait que malgré ce que l’on peut penser du catch, et que nous avons tous plus ou moins des avis qui diverge, ce qui fait aussi bien fonctionner le catch, c’est ce que le public voit et non ce que l’on croit. Le public voit deux personnes « se battre » et « souffrir atrocement ». Cette comédie sur-jouée fonctionne très bien car le spectateur soutient l’un des deux catcheurs (le gentil) ou le (méchant) et explose  de joie lorsque leur catcheur préféré gagne. Ce mythe me fait beaucoup penser au film de Guy Debord « La société du spectacle », dans le sens ou tout deux essaient de dénoncer la société de consommation.

Mythe 2 : « Le bifteck et les frites », ce mythe est difficile a résumé du fait que les propos dates mais ce qui m’a surpris c’est que Roland Barthes dit que le bifteck-frite est un symbole patriotique de la France et qu’aujourd’hui j’ai envie de penser que ce mythe est encore installé. Roland Barthe fait beaucoup de référence cinématographique ou politique également dans ce mythe. Ce qui m’a plutôt dégouté, c’est lorsqu’il fait référence aux différentes cuissons du bifteck, les mots qu’il emploie sont crus et corrosif. Roland Barthes dit que « le bifteck, c’est d’abord du sang. Bleu, saignant, à point, il permet aux intellectuels de se racheter. Grâce à lui « ils prosaïsent leur cérébralité et conjurent par le sang et la pulpe molle, la sécheresse stérile dont sans cesse on les accuse ». Présent sur toutes les tables, le bifteck est un « élément de base, nationalisé plus que socialisé ».Dès qu’il est à l’étranger, le Français en rêve, « car dans la complication apparente des nourritures exotiques, c’est une nourriture qui joint, pense-t-on, la succulence à la simplicité ». Quant à la frite, elle est tout aussi « nostalgique et patriote ». ». Aujourd’hui, ce mythe est toujours présent, soit en forme de burger-frite ou encore en tant que bifteck-frite.

Citation :

« Le bifteck participe à la même mythologie sanguine que le vin. »

« Le général connaissait notre symbolique nationale, il savait que la frite est le signe alimentaire de la « francité ». »

Mythe 3 : « Le plastique », Roland Barthe dit qu’il y a « quelques paillettes au bout d’un appareil « surveillé par un employé en casquette, mi-dieu, mi-robot », et voilà que sort à l’autre extrémité, « l’objet parfait, humain ». Le plastique, c’est l’ubiquité, le transformisme : « Il est moins objet que trace d’un mouvement ». Qu’il se change en valise, brosse, carrosserie, jouet, tuyau ou cuvette, ce matériau clame avec force sa destinée utilitaire. Autrefois, dit Barthes, on fabriquait de l’artifice pour paraître, pour imiter. Aujourd’hui, le plastique « est la première matière magique qui consente au prosaïsme ». Plus fort que la nature, puisque qu’on peut tout fabriquer avec lui, il est en passe de devenir le dieu unique du monde des objets. ». Mais Barthe fait aussi référence qu’à l’époque mais j’ai envie de souligné qu’aujourd’hui aussi, les jouets ne sont pas poétique. Lorsque le plastique se casse, il dit qu’il devient moche, il ne ressemble plus à rien.

Citation :

« Malgré ses noms de berger grec (Polystyrène, Phénoplaste, Polyvinyle, Polyéthylène), le plastique, dont on vient de concentrer les produits dans une exposition, est essentiellement une substance alchimique. »

« La hiérarchie des substances est abolie, une seule les remplace toutes : le monde entier peut être plastifié, et la vie elle-même, puisque, paraît-il, on commence à fabriquer des aortes en plastiques. »

Mythe 4 : « La Nouvelle Citroën », dans les années 1950, l’automobile fait l’objet d’un culte à « la ferveur quasi-religieuse ». Cet objet magique de la modernité est« l’équivalent assez exact des grandes cathédrales gothiques » : « une œuvre collective née d’artistes anonymes et rassemblant le peuple tout entier dans une même communion aux nouvelles valeurs ». « Comme la tunique du Christ était sans couture, la Citroën DS exprime son caractère surnaturel par les surfaces lisses de sa carrosserie, seulement interrompues par quelques énigmatiques joints ». « Aérodynamique, légère, la DS oppose la spiritualité à la puissance, le confort à la performance ». « On passe visiblement d’une alchimie de la vitesse à une gourmandise de la conduite ». « Au fond, aurait pu ajouter Barthes, cette voiture incarne une ingénierie mystique au service du renouveau de la France, appuyée sur ses grands mythes nationaux (d’où les cathédrales) ». La DS 19, comme le dirait Voltaire, est à l’époque tombé du ciel. Si nous voulons faire une comparaison avec notre ère, nous pourrions prendre le smartphone ou la voiture électrique comme équivalence.

Citation :

« Je crois que l’automobile est aujourd’hui l’équivalent assez exact des grandes cathédrales gothiques : je veux dire une grande création d’époque, conçue passionnément par des artistes inconnus, consommée dans son image, sinon dans son usage, par un peuple entier qui s’approprie en elle un objet parfaitement magique. »

« L’objet est ici totalement prostitué, approprié : partie du ciel de Metropolis, la Déesse est un quart d’heure médiatisée, accomplissant dans cet exorcisme, le mouvement même de la promotion petite-bourgeoise. »

Mythe 5 : « Jouets », « Roland Barthes observe que dans notre pays, on n’offre pas aux enfants beaucoup de jeux créatifs. Les jouets doivent d’abord reproduire le monde adulte. « Le jouet français signifie toujours quelque chose, et ce quelque chose est toujours entièrement socialisé, constituée par les mythes ou les techniques de la vie moderne adulte : l’Armée, la Radio, les Postes, la Médecine (trousses miniatures de médecin, salles d’opération pour poupées), l’Ecole, la Coiffure d’Art (casques à onduler), l’Aviation (parachutistes), les Transports (Trains, Citroën, Vedette, Vespa, Station-service), la Science (jouets martiens). » Ainsi, le jouet livre le catalogue de « tout ce dont l’adulte ne s’étonne pas : la guerre, la bureaucratie, la laideur, les Martiens, etc ». Il pousse l’enfant à « l’abdication ». Celui-ci n’aura pas inventé le monde ni même à le remettre en question, seulement à l’utiliser en bon propriétaire pantouflard. L’avenir que préparent les Français à leurs enfants est fait d’usage plus que de plaisir. ». En outre, les jouets qui sont fabriqués font référence à des futurs métiers et non des jouets qui pousseraient à l’ingéniosité et la créativité, à faire donc développer les fonctions cognitives de l’enfant. Malgré qu’aujourd’hui, sur le marché, je trouve qu’il y a beaucoup plus de jouet faisant interagir la créativité de l’enfant, il n’en reste toujours moindre comparativement « aux jouets reflétant le travail- le métier».

Citation :

« Que l’adulte français voit l’Enfant comme un autre lui-même, il n’y en a pas de meilleur exemple que le jouet français. »

« Ces jouets meurent d’ailleurs très vite, et une fois morts, ils n’ont pour l’enfant aucune vie posthume. »

 

Avis sur le livre : Ce livre a été plutôt difficile à comprendre. C’est un livre plutôt philosophique avec des exemples qui dates mais dont certains sont encore valable aujourd’hui. Je pense que ce qu’il est important à retenir, c’est que tout d’abord il faut élargir son regard mais surtout que chaque objet ou produit à une histoire… 

Fiche de lecture sur le livre

La société du spectacle (Livre)

 

La société du spectacle (Livre)

« L’homme a plus besoin de sécurité que de liberté » (Phrase tiré d’un témoignage d’un ancien membre de la jeunesse hitlérienne.)

La critique du capitalisme mise en lien de plusieurs ouvrages

« La société du spectacle, » (Debord) est un ouvrage critique en vers le capitalisme. Il est assimilable à d’autre ouvrage, comme ceux de Marx (Le Capitale) ou encore la Boétie (Discours de la servitude volontaire.) Là ou Marx critique et décris les problèmes qui pourraient survenir dans un monde capitalisé, Debord ancre plutôt son propos dans l’analyse des images et leurs prédominances dans notre monde contemporain. « Le spectacle n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social médiatisé par des images.» En d’autre terme Les images que nous voyons, que nous côtoyons tous les jours, ne sont pas vierge de toute interprétation et son déjà pensées, réfléchi pour transmettre des messages. Delors la frontière est mince, entre une image publicitaire et une propagande. Tout est en réalité une question de point de vue.

Plus précisément le concept de spectacle sur lequel s’appuient Debord, est un outil médiatisé créant des besoins sociaux, et fabriquant de l’uni formalisation. Uni formalisation d’autant mieux accepter, qu’elle agit sur notre volonté d’être accepté par autrui. C’est l’effet Marques.

A ce titre apportons notre attention au « Discours de la servitude volontaire » écrit par la Boétie et la phrase d’introduction présente ci-dessus. La Boétie explique que l’être humain à souvent préféré la servitude à la liberté. Il explique cependant que ce penchant n’a pas toujours existé… En revanche la description des mécanismes amenant à la servitude rejoint ce que Debord écrit dans son ouvrage. Nous retrouvons ainsi deux composants essentiels pour maintenir la servitude : Le Théâtre, son divertissement et le contrôle des enjeux sociaux.

La liberté peut être vue comme dangereuse, dans la mesure où elle responsabilise les individus et les invite à écouter et prendre actes du monde qui les entoure. En revanche rien n’est plus sécurisant qu’un état totalitaire et normé. La peur d’être différent s’efface grâce à la masse uniformisée. Par cette uniformisation nous détruisons les écarts sociaux. Nous ressemblons à l’autre et l’autre nous ressemble. Il n’y a donc plus de raison de faire la guerre. Le cout de cette idéalisation du monde est la disparition progressive des arts, de l’imaginaire et de l’innovation. On sacrifie la richesse intellectuelle et culturelle au profit d’un monde sécurisé et statique. Or c’est en prenant des risques que l’on se développe. Il est alors important de créer des armes, des outils pour agir et réagir dans ce monde d’images.

Une relation avec l’émission Arrêt sur image

Les écrits de Debord me renvoient à l’émission Arrêt sur Image diffusé sur France 5. Cette émission décrypte et analyse le style des images et du discours des images d’actualité. Elles invitent les spectateurs à regarder de manière critique les images qui l’entourent. Debord parle des images et de leurs actions sur l’être humain. Mais il oublie que celui-ci peu, si on lui donne les outils décrypté, critiquer et enrichir son point de vue en multipliant les sources et les images.

Reste que la diversité des images et des médias présente dans notre société moderne, cache un paradoxe, que Debord effleure dans son ouvrage. C’est l’harmonisation des thèmes et de la façon de les traiter. Paradoxalement plus il existe une diversité des images, plus celle-ci se normalisent et diffusent des idées similaires.

Dans un tel contexte, comment créer une idée, une structure, une œuvre originale ?

La galaxie gutenberg 1 – la génèse de l’homme typographique

par Marshall Mcluhan

 

Ce livre de 281 pages n’est pas divisé en chapitres, mais en réfléxions.51ZxsAY04NL._SX310_BO1,204,203,200_

A travers un long voyage dans le temps  (préhistoire, moyen âge, renaissance…) et différentes civilisations (africaines, grec, chinoise…) l’auteur observe et compare les effets de la lecture, de son apprentissages. Non seulement sur les humains, mais aussi sur leurs esprits, sur leurs cultures, sur leurs évolutions. Il oppose l’imprimé à l’oral, l’image à la typographie,  l’esprit individuel et l’inconscient collectif. L’humain laisse le temps, la machine le prend, la machine influe le temps, l’humain transforme le temps que lui donne la machine…

« Nous sommes à un tournant de l’humanité. Nous vivons au confluent de deux âges : l’âge visuel de l’écriture et de la typographie, qui pendant des siècles a modelé nos attitudes mentales ».  Bien qu’achevé d’imprimé en 1977, ces phrases sont toujours d’actualité, notamment avec les questionnements qui entourent le devenir du livre : artefact qui existe depuis  plus de 400 ans …

La première chose qui me frappe, c’est le type de livre que l’auteur prend en exemple dès le début du livre : il s’agit d’une pièce de théâtre de Sheakspear. Le théâtre, monde se trouvant aux croisements de l’oral et de l’écrit, de l’immortel et de l’instant présent. Monde où l’une des activités les plus ambitieuse consiste à transmettre les émotions au public grâce à la gestuelle et aux sens…choses dont le livre est dépourvu au premier abord.

Il traverse avec ses mots le concept d’assimilation ou « d’intériorisation des agents », il relie le développement des sens au développement des civilisations et laisse même entendre  que la lecture auraient dès effets bien au delà que du « simple » fonctionnement cognitif, mais qu’elle aurait jusqu’à des influenses bien physiques. Si rien n’était enseigné il ne nous serait même pas possible de « voir » et « recevoir »  les messages que peuvent contenir des images animés ou non.

Nous serions comme les enfants à qui l’on lit un conte : écoutant le message simple, vivant l’histoire avec nos premiers instincts, sans réflexion, alors que le conte possède bien des strates que le lecteur averti saura relever,  ouvrant ainsi autant de chemins infinis à explorer.

Mais lorsque la technologie se mêle de ce mécanisme, il faut en plus, que l’utilisateur intègre la nouvelle rapidité que cela implique…  On pourrait alors doucement imaginer que le fait de transposer par exemple, une histoire orale à une histoire écrite, pouvait déjà être un choc cognitif puisqu’il incluait de fait de nouvelles activités, dont une qui régis la civilisation aujourd’hui: l’apprentissage de la lecture. Mais alors que penser du livre qui côtoie le numérique ? Que penser de ses foules d’informations qui traversent l’espace et le temps en une fraction de seconde ?…Quels impacts ? 

Il est impossible d’édifier une théorie du changement culturel sans connaitre les changements de rapport sensoriels qui résultent des diverses extériorisations de nos sens. Une autre façon de dire qu’il faudrait faire une analyse d’activité orientée sur les sens durant et après une lecture avant de se lancer dans la conception du livre du futur ?

De façon générale, les peuples non -initiés à l’alphabet serait plus sensible aux images, mais moins au message qu’elles portent. De la même façon que la typographie n’occupe qu’une fraction de l’histoire depuis l’invention de l’alphabet, le livre serait t il aujourd’hui une fraction du savoir depuis l’invention d’internet ?

Si en d’autres temps le mot « moderne » était un reproche, il est aujourd’hui presque un mot parmi d’autres…qui définit « la physique et la logique nouvelles ». Tout comme le sens du mot « geek » extrêmement péjoratif à ses débuts…qui a pourtant fini par guider le monde au monde connecté que nous connaissons aujourd’hui.

S’il ne faut pas chercher de logique temporelle dans cette oeuvre, on peut en revanche en trouver une dans la réfléxion : si nos premiers sens nous rappelle à l’image l’apprentissage de la lecture est un effort considérable, mais ouvre le champ à de nouvelles « images ». Ce que ne savait pas encore Marshall c’est que le numérique nous mènerait un jour à retrouver ces images…quelles influences sur la société d’aujourd’hui d’autant plus mondialisée ?…

Il commence par le théâtre et fini sur la poésie:   » La Dive bouteille« .  Déformée par la mise en page de l’imprimerie d’ailleurs…un autre art aux confins de l’oralité et de l’écrit qui sublime quelque chose d’inerte et immortel, pour le rendre vivant dans l’instant.

Faust et Méphistophélès signant le pacte.
Faust et Méphistophélès signant le pacte

La poétique de l’espace

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La Poétique de l’Espace, Gaston BACHELARD

Eléments de lecture et citations choisies

  • La Maison ressentie profondément comme essence de l’Espace intime, habité et heureux, lieu protecteur par excellence qui s’organise comme un petit cosmos

« Pour une étude phénoménologique des valeurs d’intimité de l’espace intérieur, la maison est, de toute évidence, un être privilégié, à condition, bien entendu, de prendre la maison à la fois dans son unité et sa complexité, en essayant d’en intégrer toutes les valeurs particulières dans une valeur fondamentale. » p23

« Car la maison est notre coin du monde. Elle est — on l’a souvent dit — notre premier univers. Elle est vraiment un cosmos. » p24

« Tout espace vraiment habité porte l’essence de la notion de maison. »

« Au-dedans de l’être, dans l’être du dedans, une chaleur accueille l’être, enveloppe l’être. L’être règne dans une sorte de paradis terrestre de la matière, fondu dans la douceur d’une matière adéquate. Il semble que dans ce paradis matériel, l’être baigne dans la nourriture, qu’il soit comblé de tous les biens essentiels. »

« Il n’y a pas d’intimité vraie qui repousse. Tous les espaces d’intimité se désignent par une attraction. Répétons une fois de plus que leur être est bien-être. »

« La maison est un corps d’images qui donnent à l’homme des raisons ou des illusions de stabilité. »

  • La maison imaginée comme un être vertical qui s’élève, comme un appel à notre conscience de verticalité.

« La verticalité est assurée par la polarité de la cave et du grenier. » Rationalité du toit (utilité, visibilité, clarté) / Irrationalité de la cave (commodités concrète, mais avant tout « l’être obscur » de la maison)

  • Mais aussi comme un être concentré qui nous appelle à « une conscience de centralité ». Notion fondamentale d’abri, de refuge absolu, de coquille chaleureuse et protectrice

« Il faut d’abord chercher dans la maison multiple des centres de simplicité. Comme le dit Baudelaire : dans un palais, « il n’y a pas un coin pour l’intimité ». Mais la simplicité, parfois trop rationnellement prônée, n’est pas une source d’onirisme de grande puissance. Il faut toucher à la primitivité du refuge. » p44

  • Image du nid, à la fois précaire et sécurisant, modelé de l’intérieur par le corps de l’oiseau lui-même. Un travail perpétuel, dans lequel se reflète le monde que l’Homme cherche continuellement à se construire

« Le nid comme toute image de repos, de tranquillité, s’associe immédiatement à l’image de la maison simple. De l’image du nid à l’image de la maison ou vice versa, les passages ne peuvent se faire que sous le signe de la simplicité. »

« Ainsi, en contemplant le nid, nous sommes à l’origine d’une confiance au monde, nous recevons une amorce de confiance, un appel à la confiance cosmique. L’oiseau construirait-il son nid s’il n’avait son instinct de confiance au monde ? »

« Oui, pourquoi nous arrêterions-nous de maçonner, d’agglomérer la pâte du monde autour de notre abri ? Le nid de l’homme, le monde de l’homme n’est jamais fini. Et l’imagination nous aide à le continuer. »

  • La coquille comme formes géométriques transcendantes parfaites, immortelles, à l’image de la Nature et des lois de la physique. Perfection de ces maisons naturelles dont le dessein naturel est de mettre l’animal à l’abri.

« Toute forme garde une vie. Le fossile n’est plus simplement un être qui a vécu, c’est un être qui vit encore, endormi dans sa forme. La coquille est l’exemple le plus manifeste d’une vie universelle coquillante. »

« Autrement dit, la coquille de l’escargot, la maison qui grandit à la mesure de son hôte est une merveille de l’Univers. »

« Nous voulons simplement montrer que dès que la vie se loge, se protège, se couvre, se cache, l’imagination sympathise avec l’être qui habite l’espace protégé. L’imagination vit la protection, dans toutes les nuances de sécurité, depuis la vie dans les plus matérielles coquilles jusqu’aux plus subtiles dissimulations dans le simple mimétisme des surfaces. »

  • La miniaturisation comme vertu dynamique impliquant de dépasser la logique pour « vivre ce qu’il y a de grand dans le petit », comme vecteur de libération de toutes obligations des dimensions par l’imagination.

« Le monde est mon imagination. » Je possède d’autant mieux le monde que je suis plus habile à le miniaturiser. Mais, ce faisant, il faut comprendre que dans la miniature les valeurs se condensent et s’enrichissent. »

« La miniature est un des gîtes de la grandeur. »

  • L’immensité n’est pas seulement une idée générale formée dans la contemplation de spectacles grandioses, elle est la nature véritable de notre intimité profonde. C’est elle qui, à condition d’être attentif aux images et aux impressions qui l’habitent, peut nous offrir ces instants de grâce où se reflète parfois le monde qui nous entoure, nous plongeant dans l’infinie poésie des choses.

« L’immensité est, pourrait-on dire, une catégorie philosophique de la rêverie. Sans doute, la rêverie se nourrit de spectacles variés, mais par une sorte d’inclination native, elle contemple la grandeur. Et la contemplation de la grandeur détermine une attitude si spéciale, un état d’âme si particulier que la rêverie met le rêveur en dehors du monde prochain, devant un monde qui porte le signe d’un infini. » p168

«  Par le simple souvenir, loin des immensités de la mer et de la plaine, nous pouvons, dans la méditation, renouveler en nous-mêmes les résonances de cette contemplation de la grandeur. » p168

« L’immensité est en nous. Elle est attachée à une sorte d’expansion d’être que la vie refrène, que la prudence arrête, mais qui reprend dans la solitude. Dès que nous sommes immobiles, nous sommes ailleurs; nous rêvons dans un monde immense. L’immensité est le mouvement de l’homme immobile. » p169

« Dans l’âme détendue qui médite et qui rêve, une immensité semble attendre les images de l’immensité. L’esprit voit et revoit des objets. L’âme dans un objet trouve le nid d’une immensité. » p174

  • Le rond comme forme poétique originelle et qui ramène tout être à la forme de notre monde et du cosmos

« Et dans le paysage arrondi tout semble se reposer. L’être rond propage sa rondeur, propage le calme de toute rondeur. Et pour un rêveur de mots, quel calme dans le mot rond! Comme il arrondit paisiblement la bouette, les lèvres, l’être du souffle! Car cela aussi doit être dit par un philosophe qui croit à la substance poétique de la parole. Et quelle joie professorale, quelle joie sonore de commencer la leçon de métaphysique, en rupture avec tous les «être-là» en disant: Das Dasein ist rund. L’être est rond. » p213

« Parfois en effet une forme est là qui guide et enferme les premiers rêves. Pour un peintre, l’arbre se compose en sa rondeur. » p213

« Bien entendu, le poète n’a sous les yeux qu’un arbre de la plaine; il ne songe pas à un ygdrasil légendaire qui serait à lui seul tout le cosmos en unissant la terre et le ciel. Mais l’imagination de l’être rond suit sa loi : puisque le noyer est comme dit le poète, « fièrement arrondi », il peut savourer « la voûte entière des cieux ». Le monde est rond autour de l’être rond. » p214

Mon ressenti :

Gaston Bachelard se livre dans cette œuvre à un exercice aussi difficile que passionnant : Proposer de repérer et d’étudier diverses images poétiques, en tentant de retracer leur valeur originelle dans ce qu’elles ont de fondamentalement inédit. Mais comment associer des mots ou des raisonnements rationnels à des images qui ne sont pas créées à partir d’un savoir, pas plus qu’à partir d’un passé vécu ?

Même s’il faut bien admettre que j’avais quelque réticence en début de lecture, personnellement je trouve que l’auteur y parvient magnifiquement, tant il apparaît de façon évidente au fil des pages que Gaston Bachelard a lui-même l’âme d’un poète. Il ressent profondément la poésie des choses, ce qui explique qu’il parvienne aussi brillamment à en expliquer quelques phénomènes.

Mais le risque à mon avis, lorsque l’on s’obstine à vouloir décortiquer des sentiments profonds qui ne sont pas forcément explicables au moyen de raisonnements intellectuels, c’est qu’au final on finisse par vider certaines images ou instants de grâce, de toute la substance poétique qui faisait leur magie originelle. Ce qui arrive parfois dans ce livre, malgré les talents de poète de l’auteur… qui semble d’ailleurs en être tout à fait conscient, si bien que lorsqu’il s’en aperçoit (à la page 211) il résume pour finir à merveille mon sentiment :

« Ces remarques préliminaires sont sans doute bien lourdes de philosophie implicite (…) La philosophie nous mûrit trop vite et elle nous cristallise dans un état de maturité. Comment alors, sans se «déphilosopher», espérer vivre les ébranlements que l’être reçoit des images nouvelles, des images qui sont toujours des phénomènes de la jeunesse d’être ? Quand on est dans l’âge d’imaginer, on ne sait dire comment et pourquoi on imagine. Quand on saurait dire comment on imagine, on n’imagine plus. Il faudrait donc se dématuriser. »