Matières à réflexion

Les techniques d’inscription 
comme objet du design

Journée organisée dans le cadre du réseau Design en Recherche
par Pauline Gourlet (Université Paris 8 Vincennes Saint Denis & EnsadLab),
Sarah Garcin (Designer d’interaction, Collectif g.u.i., OLA)
Avec le soutien du Living Lab de la Cité des sciences et de l’industrie et du Campus Condorcet

Date : 15 Juin 2016
Lieu : Carrefour Numérique - Cité des Sciences

Le but de cette journée est de comprendre comment le design peut (ou doit) intervenir dans la conception et la diffusion de nouveaux outils et de pratiques d’inscription—regroupés ici sous le terme de techniques d’inscription. Les inscriptions sont les formes matérielles données à l’information ; elles regroupent des réalités aussi diverses qu’un registre d’actes de naissance ou qu’une base de donnéeinformatique. Ces techniques d’inscription médiatisent nos manières de conceptualiser les choses qui nous entourent. Elles sont déterminantes dans nos constructions mentales et créent ainsi notre culture1 [1].

Nous vivons une transformation des formes d’organisation des hommes et des manières d’habiter le monde. Des techniques d’inscription nouvelles, plus ouvertes et axées sur la retranscription des processus, y jouent un rôle majeur. La question de leur conception se retrouve aujourd’hui dans tous les contextes.

Quels sont alors les enjeux liés au design de ces techniques ? Comment les designer ? Dans quels contextes et pour quels usages ? On voit bien la responsabilité qu’il y a à concevoir de tels objets. Si le rôle du designer se déplace vers la conception d’outils pour faciliter des conceptions partagées, ouvertes et transparentes de ces techniques, quels guides a-t-il pour orienter ses choix de design dans ce processus ? Ne devrait-il pas appliquer à ses propres orientations la même discipline d’ouverture et de transparence ?

En plus des questions d’échelles et de contextes qui sont bien sûr déterminantes, un certain nombre de concepts peuvent peut-être nous aider pour répondre à ces questions. Par exemple, Pierre-Damien Huygue parle de « prudence » [2], Paulo Freire d’ « esprit critique » [3]. Winnicott parle « d’aires intermédiaires d’expérience » et d’ « objets transitionnels » [4]. Schön parle de « réflexivité » [6], Dewey parle d’« expérience » [7]. Un autre registre de termes est utilisé du côté opératoire : créativité, innovation, design thinking, hacking, collaboration, pour ne citer que ceux-là.

À travers un recensement des techniques d’inscription ouvert aux participants, nous tenterons de mieux comprendre les enjeux posés par une question d’une telle ampleur. Pour guider cette exploration et ne pas considérer les choses d’un point de vue uniquement théorique, nous regarderons ces techniques en considérant les contextes et les activités dans lesquelles elles sont mobilisées. 

La journée s’organisera en deux temps : un premier temps de workshop pendant lequel un état de l’art sera dressé et documenté, qui permettra l’identification et la circonscription de l’objet d’étude de ces nouvelles « techniques d’inscription ». Le deuxième temps sera celui d’un échange dans lequel nous tenterons :

• de trouver un vocabulaire adéquat permettant de parler de ces objets.

• de discuter des enjeux liés au design de tels objets et de cartographier un espace de design qui prend en compte contextes et activités.

• d’imaginer des méthodologies de recherche pour l’étude de ces objets. À moins que ces objets ne soient en eux-mêmes les moyens de nouvelles méthodologies.

 

Site de documentation participatif 
Matières à réflexion / Reflective Tools
http://www.lopendoc.org/reflective-tools/

 

[1] Bruno Latour, 1985. Les 'Vues' de l‘Esprit: une introduction à l”anthropologie des sciences et des techniques. Culture Technique. 14, (1985), 5–29.
[2] Pierre-Damien Huygue, 2015. À quoi tient le design. De l'incidence.
[3] Paulo Freire, 1970, Pedagogy of the Oppressed. Continuum.
[4] Donald Winnicott, 2010. Les objets transitionnels. Payot.
[5] Donald Schön, 1983. The Reflective Practitioner. Basic Books.
[6] John Dewey, 1916. Democracy and Education. Macmillan.

 


Note 1 « Que se passe-t-il si la pensée sauvage s’applique à une liste au lieu d’écouter un récit? Elle se domestique sans qu’il soit nécessaire, pour Goody, de faire appel à d’autres miracles. Comme Walter Ong [Ong, 1982], Jack Goody finit sa longue enquête à travers les procédés scriptovisuels par ces mots : « Si l’on accepte de parler d’une “pensée sauvage”, voilà ce que furent les instruments de sa domestication. » (Id., p. 267.) » 

Bruno Latour [1]